Willy Protagoras enfermé dans les toilettes au théâtre de la Colline

Le 29 janvier, les étudiant•es de LS2 qui le souhaitaient sont allé•es voir une pièce de Wajdi Mouawad, au théâtre de la Colline. Ce dernier avait choisi, juste avant de quitter son poste à la direction du théâtre, de mettre en scène cette pièce écrite lors de son entrée dans l’âge adulte, mais qui n’avait encore jamais été donnée sur scène. Les étudiant•es étaient accompagné•es par leurs professeures de philosophie et de lettres.

Nous avions choisi d’aller voir cette pièce car les étudiant•es de l’année précédente avaient été enthousiasmé•es par Racine carrée du verbe être, pièce-fleuve et performance de 6h, tirée en partie du substrat autobiographique de Mouawad et profondément innovante sur le plan dramaturgie. Deux étudiantes avaient d’ailleurs consacré à cette expérience un épisode de l’hypodcast, qui est encore accessible sur Spotify. Cette année, nous avions choisi d’aller voir cette pièce dans le prolongement du thème de culture antique, « l’ailleurs ». En effet, « l’ailleurs » n’est pas toujours si éloigné qu’on le pense : il peut se trouver au coeur même de notre foyer, dans l’espace clos que sont les toilettes, où l’on peut jouir d’une solitude parfois difficile à obtenir autrement.

La pièce aborde le problème de l’afflux de réfugiés palestiniens au Liban et de la guerre civile qui y fit rage, des problèmes toujours d’actualité. Comment en effet cet Etat si petit peut-il faire face à la dévastation de guerres intestines et, par ailleurs, absorber un tel accroissement de sa population ? En effet, les Protagoras ont accueilli dans leur appartement, métaphore du Liban, les Philisti-Ralestine qui envahissent chaque jour davantage l’espace. Cet appartement, autrefois le plus beau de l’immeuble, devient un champ de bataille où, pour marquer son opposition, Willy décide de s’enfermer dans les toilettes, privant les autres occupants de l’accès à un lieu certes méprisé, mais toutefois essentiel.

Après un début extrêmement réussi où des trognes hautes en couleur surgissent de leur fenêtres en évoquant une sorte de Guignol géant, où des voisins engagent un dialogue, certes souvent grossier, mais dynamique, iconoclaste et savoureux, la suite de la pièce s’est avérée assez décevante. Trop de cris, trop de scènes scatologiques dont l’intérêt n’est pas évident, trop d’emphase également parfois. Certes, la leçon de géopolitique s’avère cruellement exacte encore aujourd’hui. Pourtant la pièce, même si elle propose quelques moments de grande poésie à côté de son impitoyable dérision, se révèle trop longue et trop éparpillée pour capter durablement l’attention des spectateurs et spectatrices.

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