L’écrivaine Jennifer Tamas, autrice de l’essai « au non des femmes », figurant au programme de l’ENS (épreuve dite « approche des sciences humaines ») a eu la gentillesse de venir présenter son ouvrage aux étudiant•es de PS, de LS1 et de LS2.
Jennifer Tamas a commencé par un exposé où elle a présenté la démarche qui avait été la sienne et la méthode qu’elle avait employée. Profondément féministe mais aussi sincèrement attachée aux textes de l’époque classique, après sa formation universitaire en France puis aux États-Unis, elle a essayé de concilier ces différentes approches pour ne pas renoncer, comme d’autres féministes, à ces textes qui peuvent faire figure de repoussoir par suite de la vision étroitement masculine qu’on leur reproche de porter sur les relations humaines.
Jennifer Tamas nous a parlé du choc qu’a constitué pour elle la lecture du Consentement de Vanessa Springora et nous a expliqué comment elle a souhaité, à partir de là, mettre au jour, dans les œuvres, les consentements « effacés » d’un certain nombre d’héroïnes desquelles nous pensions tout savoir et que nous nous représentons bien trop souvent comme des victimes impuissantes : La Princesse de Clèves, Bérénice ou la Belle dans la version du conte La Belle et la Bête par Madame de Villeneuve. En l’écoutant, nous avons relu ces oeuvres, revécu le viol de Cécile de Volanges par Valmont ou réentendu la plaidoirie d’Andromaque devant Pyrrhus. Jennifer Tamas nous en propose une vision renouvelée, enrichie par la confrontation entre une enquête littéraire et historique convaincante et un point de vue contemporain, en suivant une méthode qu’elle qualifie « d’anachronisme contrôlé ». Elle y examine notamment avec minutie la Carte de Tendre pour réexaminer ce qu’on appelle « galanterie », sans trop y réfléchir et même parfois désormais avec un peu de suspicion. Elle interroger le rapport de celle-ci avec « la culture du viol ». Cette « galanterie », comment est-elle née, comment s’est-elle développée et imposée lors d’une période historique qui fut exceptionnellement faste pour les femmes, la préciosité ?
Cet exposé a été suivi d’un long moment d’échanges au cours duquel Jennifer Tamas a pris le temps de répondre à toutes les questions qui lui ont été posées. Ses réponses ont témoigné de sa clarté, de son humour et ont séduit par leur fraîcheur. Les étudiant•es ont été conquis•es par son propos ainsi que par la complicité qu’elle a su mettre en place avec eux. Elle lui vient de son humilité, de ses convictions et, sans aucun doute, de son expérience des campus américains où elle enseigne. La rencontre s’est conclue par une séance de dédicaces.


