L’École de danse – Comédie Française

Aujourd’hui, c’était au tour des PS, spécialité « Lettres », d’aller au théâtre. Un dimanche soir un peu morose et pluvieux, une semaine avant le début du deuxième Concours Blanc, quoi de mieux que d’assister à une comédie de Goldoni dans l’écrin de la Comédie Française ? Le lieu s’apprête à fermer pour 6 mois de travaux, il fallait en profiter !

Carlo Goldoni, dramaturge italien du 18eme siècle, est en effet au programme de littérature comparée des spécialistes de Lettres Modernes en khâgne. Même s’il ne s’agit pas de la pièce programmée par la Comédie Française, il est toujours précieux d’aller voir mis en scène un auteur dont on étudie l’oeuvre théâtrale.

Clément Hervieu-Léger a choisi de « créer » cette comédie : c’est-à-dire qu’elle est jouée pour la première fois de son histoire. Son auteur, victime d’une cabale, avait renoncé à la faire jouer. Dans un projet assez vertueux, le metteur en scène utilise les mêmes décors que ceux dans lesquels il met en scène Le Misanthrope, qui se joue donc en alternance avec cette pièce.

On est ébloui par le talent des acteurs virtuoses qui se mettent à son service (Denis Podalydès, Florence Viala, Loïc Corbery, Pauline Clément, Léa Lopez, pour n’en citer que quelques-uns même si tous le méritent). On est aussi marqué par l’originalité de cette pièce chorale qui entrelace des destins plus variés et nombreux que ce dont on a l’habitude dans la comédie française.

Enfin, on est frappé par la modernité de l’oeuvre, qui aborde des sujets aussi sérieux que l’exploitation du corps féminin ou les mécanismes d’emprise par des personnes ayant autorité. Ces petites danseuses, qui rappellent l’univers de Degas, nous pourrions les croire fragiles : des victimes idéales pour un maître cupide et libidineux accompagné d’une soeur initialement présentée comme évaporée. La pièce montre pourtant combien ces coeurs sont de fer, plus encore que les corps : patientes, elles savent attendre le moment opportun pour ouvrir leur cage, qu’elles soient élèves ou soeur. À l’époque, le chemin de la liberté passe encore par les hommes mais tous ne sont pas comme le maître de danse, heureusement. La pièce manifeste ainsi la résilience et la puissance de la volonté des femmes quand elles ont décidé d’atteindre le but qu’elles se sont fixées, indépendamment des projets qu’on a cru bon de former pour elles.

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